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vendredi 3 juin 2016

Les Curieux Voyageurs - Niveau 26 ! (Turquie)

REPONSES EN COMMENTAIRES !

Nous sortons de la Turquie... Un petit jeu facile (ou presque) en attendant des nouvelles de la Géorgie !
Mais que fait Anne-Laure ?
REPONSE
Elle lit la carte !!!


Que fais-je ?
A) Je ralentis...
B) J'accelere !
C) JE fais demi-tour pour prendre une photo !
Trouvez la petite bete...

Trouvez la petite bête...

Se mange ? ou ne se mange pas ?



Paysages, Faune, Flore - Turquie

Nous passons la frontière par le col de Malko Tarnovo (BG) un jour où il suffirait de tendre la main pour caresser les nuages. Il faudra attendre encore un peu pour que le rideau ne se lève et que le spectacle commence !
Cigogne de retour au nid



Ce sont les cigognes, déjà croisées du côté bulgare, qui ouvriront le bal. Telles des trapézistes agiles, elles s'élancent, en groupe ou en solitaire, de nuage en nuage.

Leur filet de secours ? Des champs de blé et de colza en fleur bordés par les premiers coquelicots.
Nous filons droit vers le Sud dans cette région plus réputée pour son tournesol, mais dont nous ne verrons pas la couleur, mois d'avril oblige.



Discret, un chat sauvage se faufile dans le blé déjà bien haut entre la mer Egée et celle de Marmara... Ce rapide numéro de fauve nous laissera sur notre faim. En guise de friandise, nous dégustons graines d'ormeau et asperges sauvages !
Filet de secours pour volatiles intrépides !

Chat sauvage (Felis Silvestris)



Nous rejoignons l'Anatolie. Le paysage est toujours vallonné mais plus chaud et plus sec au fur et à mesure que nous descendons.
Depuis les hauteurs, la vue sur la mer Egée vaut le détour et la nature nous offre un joli feu d'artifice : iris, glycine, acacia, lupin, papillons colorés et oliviers en fleur nous accompagnent tout au long de notre route... un bonheur visuel et olfactif !
Olivier en début de floraison

Lupin en bord de route
Aurore (Antocharis Cardamines)

Vient ensuite un numéro un peu spécial entre clown et équilibriste : le bousier (Scarabeus Sacer) traversant la chaussée !

Un bon moment de détente avant de se rendre à Karahayıt et Pamukkale... deux prodiges de la nature ! A quelques kilomètres l'une de l'autre, deux sources magnifiques produisent pour la première un dépôt d'argile rouge, pour le deuxième des cascades de calcium solidifié d'un blanc pur.
Nous passerons tout de même assez vite notre chemin, l'Homme ayant pour fâcheuse habitude de défigurer ces lieux mystiques.

Depôt au pied de Pamukkale
C'est bien connu, tout bon spectacle doit savoir, à un moment donné, semer le trouble dans l'esprit de son public avant de le rattraper au vol !
Ce sera chose faite aux abords d'Acıgöl (prononcer adj' gueule)... entre lac salé et montagnes aux formes étranges, on ne sait plus où donner de la tête !

Acıgöl
Tortue attendant que la muscari passe au vert !

Le décor prend alors un petit peu d'altitude et, après avoir passé des régions très sèches et caillouteuses, nous plongeons dans un océan de verdure. Ici, le cerisier est roi ! Les fruits ne sont pas mûrs... nous ne sommes que le 20 avril ! La saison tourne plutôt autour des oignons et de la pomme de terre.

A quelques pas de là... le centre du monde ! Enfin, selon le conteur Nasreddin Hoca... Et puis, comme il le disait lui-même, si vous ne le croyez pas, vous n'avez qu'à mesurer !



Nous sommes à 1200m d'altitude et c'est plat... très plat ! Un immense plateau s'étend tout autour de nous. L'ambiance est sèche, encore une fois et seuls quelques saules et acacias animent le paysage. Si l'on y passe vite bien sûr, à vélo c'est tout autre chose ! La pie-grièche écorcheur fait son numéro et le souslik d'Europe court en tout sens, de peur de se faire voler la vedette...

Souslik d'Europe (Spermophilus Citellus)
pie-grièche écorcheur (Lanius Collurio)

Tüz Gölü, littéralement "lac salé"... un spectacle époustoufflant à lui tout seul !  Plus ou moins 1600 km2 de sel, on se croirait marcher sur la Lune !

Tüz Gölü
Récolte
Flore salée !


Vient ensuite la tête d'affiche, le numéro tant attendu, celui dont tout le monde vous parle : la Cappadoce. Des millions d'années ont suffit pour sculpter le tuf volcanique et créer ces formations géologiques extraordinaires, ici, en plein milieu de la Turquie ! La scène est tout bonnement féerique, le décor parfait pour un feu d'artifice final. Un vautour percnoptère vous tournoit juste au-dessus de la tête et, clou du spectacle, une colonie de guêpier d'Europe fait son apparition avant de voler en milles éclats !

Vautour percnoptère (Neophron Percnopterus)



Guêpier d'Europe (Merops Apiaster)

ENTRACTE :
Pendant ce temps...
On casse les montagnes à grand coup de buldozer pour faire des cailloux plus petits, pour faire passer les routes, ou pour stocker des pommes de terre...
On cultive en monoculture du blé sur des milliers d'hectares...
On se croit tout permis, sous prétexte d'une enquête et étant de la police, pour perquisitionner un sachet de graines à deux voyageurs, afin d'alimenter son propre potager...
FIN DE L'ENTRACTE

Vous pensiez avoir tout vu ? Et bien pas du tout, la Turquie a plus d'un tour dans son sac et le spectacle reprend avec un tour de magie. Un classique du genre, mais non moins impressionnant : l'apparition/disparition ! Un mouchoir, une balle en mousse ? Trop facile, le public averti ne s'y prend plus... une montagne alors ?! Mais pas une petite : Erciyes Dağı (Mont Erciyes, 3916m), un des nombreux volcans à l'origine de la Cappadoce !
Il est là, en face de vous, majestueux. Et puis sans crier gare, il disparaît ! Puis réapparait à votre droite, avant de disparaître à nouveau pour ressurgir à votre gauche, puis en face... incroyable !
Nous ferons le tour presque complet de cette montagne pour tenter de trouver son "truc"... Rien à y faire, l'illusion est parfaite.
A moins que ce soit notre fâcheuse tendance à zig-zaguer... Allez savoir ?!

Erciyes Dağı
Eresus Kollari (pas de nom vernaculaire !)





Depuis notre arrivée en Anatolie, ou presque, un acteur est là, discret et pourtant bien présent : le cochevis huppé (Galerida Cristata). Nous vous épargnerons les photos floues et ratées de cet oiseaux qui ressemble à s'y méprendre à une alouette des champs. Nous ne doutons pas que les plus curieux d'entre vous vont se jeter aussitôt dans leurs encyclopédie favorite pour y trouver une image à mettre sur ce nom...



Nous prenons encore un peu d'altitude (1500m à la sortie de la Cappadoce) et le cochevis cède peu à peu sa place à bien d'autres : bruant mélanocéphale, pie-grièche à poitrine rose, vanneau huppé (Vanellus Vanellus), rollier d'Europe, et de nouveau, les "Arı Kuşu" (littéralement abeille-oiseau ou guêpier d'Europe).
Nous sommes devenu familier avec son chant et le repérons de loin. Ici, il n'est pas rare. Il faut dire que l'Homme y est un peu moins présent et qu'il a eu la bonne idée d'y élever des abeilles, beaucoup d'abeilles !

Rollier d'Europe (Coracias Garrulus)

Bruant mélanocéphale (Emberiza Melanocephala)

Pie-grièche à poitrine rose (Lanius Minor)

Nous sommes désormais dans les hauteurs au Nord-Est de la Turquie. A la mi-mai, se tient ici un autre spectacle intitulé "Les Orages" ! Un jeu de lumière digne des plus grandes scènes, une acoustique soignée, bref, tout est là pour vous en mettre plein la vue !

Hou ça va tomber ! 

Tout y est ...
Muscari, coccinelle et camomille sont dans un bateau ...





Allez, un "petit" détour histoire de faire monter l'adrénaline une dernière fois : les montagnes russes !
1560m, 2409m, 1850m, 2349m, 2150m, 2248m, 1950m, 2380m, 1160m, 2640m, 0m !






Oui, vous avez bien lu 2640m-0m ! Soit 68 kilomètres de descente entre rivière tumultueuse, montagnes verticales, végétation luxuriante, cascades et champs de thé ... le voilà le bouquet final !

Cascade ...
... et jardin de thé





Nous avons rejoint la mer noire. Depuis le temps que l'on nous en parlait... il paraît que le spectacle y est magnifique...
Nous l'avons longé sur la 2x3 voies, plate et monotone... enfin ça, c'est si l'on y passe vite, à vélo c'est une autre histoire ! Mais promis, on ne vous racontera pas la fin du spectacle !

Nous arrivons en Géorgie où une toute autre scène va se jouer...



Rencontres et Savoir-Faire - Turquie

Nous allons enfoncer une porte déjà ouverte par de nombreux voyageurs, à court ou à long terme, d'hier et d'aujourd'hui, d'ici ou d'ailleurs... et nous aimerions nous garder de tout généralisme mais il faut reconnaître que, tout au long de notre route, les turcs ont eu un sens de l'accueil formidable qui semble inné. 

La plupart d'entre eux sont bienveillants, serviables, généreux et ne laissent s'en aller le pélerin que le ventre plein ! Nous avons particulièrement apprécié chez les personnes croisées leur joie d'être, leur 'savoir-vivre ensemble', leur ouverture d'esprit respectueuse de l'autre et leur plaisir à être de nos souvenirs !


Presque tous les soirs, nous nous retrouvons entourés de sourires curieux et bavards, avides d'échanges... Une belle manière de découvrir la langue turque et de la voir progresser, dans nos bouches comme dans nos oreilles, à une vitesse encore jamais vue sur ce voyage !
La page 'Turquie' de notre carnet de langue déborde de mots ! 


28 mars 2016, Emirkatup - Ali, Musa, Hasan et Nezmiye
Turquie, Jour 2 : premier accueil spontanné, premiers échanges de curiosité gesticulée autour du thé, premier kahvaltı sur un plateau.

1er avril 2016, Gelibolu - Ege
Des lunettes rondes sur une joviale tête ronde sur un mini vélo pliable, leçons de turc et d'histoire, croquis du four à pain en argile sur le coin d'un carnet.



8 avril 2016, Bağyügü
Repas partagé par petits, grands et sages sur la place du village.
Femmes et enfants piochent dans le même plateau, les hommes sont regroupés un peu plus loin et font de même.
On dirait une fête de village, mais c'est un jour comme les autres.
Puis.
Lentement, sûrement et toujours en souriant, les mains ridées d'Ümmü tissent le tapis épais. Le geste est maitrisé, il a été répété !
A l'atelier couture, cliquetis de machines à pédales, broderie, oya et bonne humeur !
... Dans la rue, les hommes alignés côte à côte, boivent le thé et regardent le temps passer.


Fiches de savoir-faire : 
La mélasse de fruits (rubrique Cuisiner-Conserver)
Faire sêcher ses raisins (rubrique Cuisiner-Conserver)
Fabriquer une presse à fruits (rubrique Fabriquer)
Fabriquer un tapis (rubrique Fabriquer)
Le métier à tisser turc (rubrique Fabriquer)

12 avril 2016, Beyler - Süleyman et Ihson
Lui, c'est Ihson, à la bonhommie apaisante. Et lui, c'est Süleyman, le petit nerveux aux mimiques de De Funès... parfait équilibre amical !
Rires francs quelques peu alcoolisés, anecdotes fanfaronnées et défis mathématiques... Les nuages défilent alors que nous croquons dans les prunes vertes qu'Ihson sort par poignées de ses poches, malicieux.

13 avril 2016, Süleymaniye - Mahmut et Yeter
Pas besoin de prétexte pour partager mercimek çorbası (soupe de lentilles), nane ile makarna (pâtes à la menthe), domates (tomates), peynir (fromage), et salatalık (concombres) sur la nappe étendue au sol...
Sourire timides, chaussons tricotés et joie d'avoir des graines de 'melon français' à planter !


19 avril 2016, Demirbel - Zeki Baba et Cemil
Fromage de brebis, tiges d'oignon frais, amandes vertes et sel dans la yufka (pain plat cuit au saç), excitation enfantine à monter une tente pour la première fois, larmes aux yeux devant un oiseau en papier...

25 avril 2016, Şereflikoçhisar - Turgut
Tantôt trop joyeux, tantôt provocateur, tamtôt fragile et attendrissant... Entre deux verres, Turgut prend soin de nous comme des frères !
Chants, danses et leçons de claquer de doigts turc.


1er mai 2016, Avanos - Bekir
Odeur de terre humide, caresse de l'argile, saveur du thé chaud.
Avec flegme britannique, Bekir ponce, peint et s'invente un nouveau casse-tête pour remplir le four de ses bougeoirs à moustaches... et nous dévoile quelques secrets de fabrication quand nous nous essayons au tour.

4 mai 2016, İncesu - Hadi et Derya
Des yeux doux nous racontent les récits passionnés d'un pélerinage à la Mecque, des sourires généreux nous invitent à un kahvaltı de fête, des mains travailleuses nous offrent cerises et abricots séchés au soleil, bijoux et voile sortis de la caverne d'Ali Baba !

8 mai 2016,  Kangal - Necati
Une grande gueule fendue (kurde, et pas turque !), délice de loukoums d'abricots, enthousiasme en faisant défiler toutes (!) nos photos et le plaisir de nous donner le nom de tout (!) ce qui y apparait...

10 mai 2016, Zara - Hasan-Hüseyin et Emre
Du balcon, un vieil homme nous interpelle : 'Ce soir, vous dormez chez moi !'.
Hasan-Hüseyin prépare le thé, nos lits et l'eau chaude pour le banyo. Emre, le regard un peu perdu mais sentant l'excitation de son mari, rit... ou peut-être à des souvenirs enfouis qu'on ne connaîtra jamais... Du coup, on rit aussi !
Tendresse infinie d'un vieil homme pour son amour.


12 mai 2016, Beydeğirmeni - Selim et sa famille
Terrasse haut perchée avec vue sur le lac et toute la vallée !
Famille, voisins et amis, curieux, viennent rire et partager ce moment si différent de leur quotidien... Kete ekmek (pain feuilleté) et délicieux poivrons grillés accompagnent le thé.

13 mai 2016, Gölova - Gamze, Melika, Seyfi, Galip... et les autres !
Gâteau rose d'anniversaire, soirée chantée à grignoter des graines de tournesol et difficile allumage du réchaud à thé dans le parc détrempé !


15 mai 2016, Sarica - Buse, Hümeyra, Zümrüt, Demla, Ilker... et les autres !
'Anna ve Pierre' sont prétexte à réviser l'anglais, cahiers de cours en poche. Chacun son tour, Pierre-Jean les emmènent faire une balade à vélo, cheveux et dents dans le vent !
Escalade pour entrer dans leur terrain de jeu qui sera notre nid pour deux nuits, partie de volley et sauts de joie à la vue du frisbee... qui restera là !


Fiches de savoir-faire : 
Faire son fromage ( rubrique Cuisiner-Conserver )

25 mai 2016, Tuzcu - Okul
Dans la salle des profs, 2 enseignants, puis 3, puis 4, puis 5, ... puis 4 élèves, puis 12, puis une classe, puis 2, puis 3... tous les yeux rivés sur le même carnet de croquis. Les pages, une à une, se tournent et appellent des anecdotes qui provoquent rires, yeux écarquillés, lèvres mordillées et surprise criée...
Aujourd'hui, les cours commenceront avec un peu de retard !



Brins de vie - Turquie

Il y a un moment que l'idée nous trotte dans la tête... Parler d'autre chose que des paysages, de la faune, de la flore, de nos rencontres et des savoir-faire.
Comme une envie de parler de brins de vie !

Mais encore une fois, nous ne voulons ni généraliser, mi alimenter des idées reçues... simplement partager ces instants vécus qui nous font apercevoir d'autres façons de faire, de voir, de penser. Toutes ces petites choses qu'on nous a expliqué, que l'on a observé ou parfois interprétées...


Curiosités gesticulées

Passer d'un pays à l'autre, c'est lentement changer de décor... les paysages se profilent et les animaux, tout comme les fleurs, disparaissent peu à peu pour laisser place à d'autres... S'il y a bien une chose qui peut délimiter une frontière, c'est l'Homme, sa langue et ses mimiques ! 
Plus on s'éloigne de chez soi, plus ses gestes et ses expressions peuvent étonner, voir dérouter.

Ici, pour dire "non" : Jetez la tête en arrière, l'accompagnant d'un haussement de sourcils et d'un petit claqué de langue.
(... peut naivement être pris pour du dédain)

Ici, pour dire "je ne sais pas" : niez de la tête
(... peut naivement être pris pour un "non")

Ici, pour dire "que fais-tu là ? Tu vas où ? Tu as besoin de quelque chose ?" : retournez brusquement les mains devant soi, de la paume vers le sol aux pouces tirés vers le ciel, en levant légèrement le menton.
(... peut naivement être pris pour de l'agressivité)

Ici, pour dire "çok güzel!" (très bien, super !) : mettre en contact tous les doigts d'une main et les pointer vers le ciel.
(... peut naivement être pris pour un "maaaa que" italien)

Ici, pour inviter à boire le thé : imaginez-vous touillez un sucre avec une petite cuillère dans un petite tasse. Mimez-le de la main droite et, si votre main gauche est libre, formez un puit ouvert pour représenter la tasse. Le tout avec un sourire interrogatif.
(... peut naivement être pris pour : "As-tu tiré la chasse ?")


Le Çay (prononcer tchaill')

Un çay, 2 çay, 3 çay, ..., 634 çay offerts... parce qu'on a demandé notre route, ou où poser notre tente, parce qu'on a répondu à un salut, parce qu'on s'est arrêté pour sentir une fleur ou nouer un lacet... impossible de passer à côté !

Ici, le thé n'est pas qu'une boisson, il joue un tout aute rôle : il crée du lien, tient compagnie quand on regarde le temps passer et est prétexte à échanger et à satisfaire sa curiosité...

Pour nous, derrière chaque thé, il y a eu une rencontre.


Ici, le thé se prépare autrement.
Dans le contenant du bas, l'eau est mise à chauffer. Une fois bien frémissante, celle-ci est versée dans le contenant du haut avec une belle poignée de thé. Puis de l'eau est à nouveau mise à chauffer dans le contenant du bas. Le thé est ainsi infussé entre 15 minutes et 1 heure, selon les goûts.


Le service, lui aussi est tout un art !
Une fois les verres regroupés, de l'eau chaude est versée dans le premier verre. L'eau est ensuite transvasée du premier au deuxième verre, puis du deuxième au troisième, etc... Le poignet est souple et la danse gracieuse.
Le thé est alors servi, verre après verre, dilué avec de l'eau chaude.
Une coupelle de sucre est toujours avancée pour arondir l'amertume. Certains y trempe simplement la cuillère sortant du thé, y collant ainsi quelques grains de douceur, d'autres y plongent 4 morceaux de sucre !
La formule pour le refuser : "sader çay" (seulement du thé!)

Ici, le thé se boit par litre ! Chaque verre vide est rempli, à moins qu'on y ait replacé la cuillère à sucre, signe qu'on en a bu assez. Mais ceci ne suffit pas toujours, il faut parfois savoir être plus convaincant si l'on ne veut pas rester là toute le journée ! Un "iyiyim çok teşekkür ederim" (c'est bon pour moi, merci beaucoup) peut faciliter la tâche.


le Kahvaltı (prononcer kavalteu)

Le Kahvaltı (petit-déjeuner), tout comme le çay, se déroule d'une manière bien particulière. Nous avons de très nombreuses fois été invité à partager ce repas.

Le Kahvaltı commence souvent comme suit : "Oturup !" (assieds-toi !) ou "Rahat !" (détends-toi !)... impossible ou presque de donner un coup de main dans une maison turque... !

Jeté de nappe qui gonfle avant de s'étaler au sol. Un gros cylindre en bois y est déposé au centre. Puis, un visage doux et tout sourire vient y installer un plateau tellement immense qu'elle a peine à le porter.

Saveurs, couleur et odeurs se mélangent pour offrir un bonheur simple.
Tomates et concombres coupés en rondelles saupoudrés de sel, olives, fromage maison, yaourt maison, pommes de terre, beignets, piments, miel, confitures, loukoums et petits gâteaux... On y trouve parfois aussi des oeufs (durs ou en omelette), des poivrons grillés, des oignons frais et des fruits... 

Puis, chacun est invité à s'asseoir autour du plateau en se glissant sous la nappe.
On rompt le pain qui est déposé sur la nappe, à portée de chacun. La quantité est toujours doublée pour les misafir (invités) !

Le thé est alors servi dans les règles de l'art... et le festin commence !


Selon ses envies, chacun se sert dans les plats communs. Un fourchette pour piquer, une grosse cuillère pour le yaourt, les soupes et les plats en sauce ou simplement un morceau de pain pour piocher directement dans le plat. 

Pour ne pas s'entrechoquer, une simple habitude : on pose sa fourchette ou sa cuillère sur le plateau devant soi quand on s'est servi, signe que la voie est libre, le temps de savourer sa bouchée !
Pour éviter de salir la nappe : on racle le dos de la cuillère sur le bord du plat avant de la porter à sa bouche.

Le repas est rythmé par les "Ye ! Ye !" (Mange ! Mange !) jetés régulièrment pour inviter à bien se remplir le ventre !

Quand on est repu, on replie la nappe qui couvre ses jambes en prenant garde à ne pas éparpiller le miettes au sol.
On est alors invité à boire un dernier thé et à se détendre, ventre bombé vers le ciel pour faciliter la digestion...


Interactions humaines

Le thème est vaste et l'on pourrait s'y perdre... mais nous tenions tout de même à témoigner des belles relations que nous avons pu observé.

Tout d'abord, et autant commencer par là : la Turquie est le premier pays que nous traversons où nous laissons notre vélo sans surveillance, sans l'attacher et sans nous en soucier. Il semblerait que l'idée même de voler n'existe pas ici ! En revanche, la curiosité est une faculté que beaucoup aime satisfaire. Que ce soit en manipulant les leviers de vitesse, la direction ou notre boîte à outils... Un jour, nous avons même retrouvé notre béquille-bambou bien en place, mais à l'envers... Bravo à celui-ci !


Dans les villages où nous avons séjourné, les femmes et les hommes sont souvent regroupés entre eux pour diverses activités. D'un côté comme de l'autre, nous avons toujours trouvé les relations saines, apaisées et sans rivalités. Quand la journée est terminée et qu'il est temps de rentrer chez soi, les retrouvailles sont d'autant plus joyeuses !

Mais ce qui nous a particulièrement séduit dans ce pays, ce sont les relations inter-générationnelles.
Les enfants jouent ensemble, de 3 à 18 ans, tous autour du même ballon. Les grands aident les petits et les petits font rire les grands !
A la maison, il en est de même. Enfants, parents et grand-parents mettent la main à la pâte. Et ici le respect n'est pas unilattéral : les plus jeunes sont écoutés avec autant de sérieux que les plus agés, ni plus ni moins ! ... une belle source d'inspiration !


Découvertes gustatives

Les fruits pas mûrs : croquer amandes, prunes, abricots et nectarines encore verts, il fallait y penser ! Une légère acidité surprend aux premières bouchées, puis on s'y fait vite, et cela devient presque addictif. La plupart du temps mangés tels quels, ils sont parfois croqués avec du sel pour corriger l'acidité. Les amandes sont aussi parfois cuisinées avec une sauce tomate épicée.

Le Tahin-Pekmezi : ici la purée de sésame est souvent mélangée pour moitié avec de la mélasse de fruits (pekmezi), le plus souvent à base de raisins, mûres ou caroubes. Un subtil mélange !

Le haşhaş : spécialité de la région d'Afyonkarahisar, cette purée de graine de pavot est très nourissante et se mélange avec succès au miel (bal) ou au pekmezi.

Le menemen : des tomates cuites une bonne heure avec des épices, et parfois d'autres légumes, dans lesquelles on casse des oeufs.

Le çiğ köfte : préparation à base de boulgour, de vinaigre de grenade, de sauce tomate et poivron et d'épices. Ces boulettes façonnée à la main, laissant la marque des doigts, sont dégustées roulées dans une yufka, avec salade et citron.

Le Peynirli Helva (helva au fromage) : tatlı (dessert) à base de farine, eau, sucre et fromage... Ça aussi, il fallait y penser !

Les pains (ekmek) : Katmer (pain rond qui a peu levé), Kete (pain au beurre feuilletté), Yufka (pain plat similaire à une grande galette), Trabzon (pain rond bien gonflé)... Dans la plupart des villages, le pain est cuit dans un fournil collectif. Les yufka se cuisent sur le saç : grosse coupelle en acier posée sur le feu. 

Les boissons : l'ayran (yaourt dilué avec de l'eau et un peu de sel), le şalgam süyü (jus de carottes noires fermenté et épicé) et le kuşburnu nektarı (jus de cynorrhodon).

Pendant ce temps, dans les hauteurs où presque rien ne pousse...
Le Kuymak : du fromage cuit dans une bonne dose de beurre ! Les produits sont frais et c'est délicieux.